L’âme russe déferle sur l’Alsace: Eugène Onéguine (extraits) – Colmar

L’art lyrique est peu représenté au Festival international de Colmar et c’est une version intrigante d’Eugène Onéguine, car tronquée, qui était présentée hier soir : une récitante narrait l’intrigue entre chaque moment clé de l’oeuvre – comprendre entre les grands airs et les grands passages symphoniques* – en version de concert au cœur de l’Eglise Saint-Matthieu par l’Orchestre Philharmonique national de Russie, sous la direction de Vladimir Spivakov.

Ce fut globalement une belle soirée dominée par la voix d’Hibla Gerzmava, ronde, puissante, aérienne, et la direction passionnée de Spivakov.

Incontestablement, le chef, qui connaît par cœur l’acoustique atypique de l’Eglise, est en symbiose avec son orchestre, dont il exploite toutes les couleurs et nuances, au rythme de tempi très soutenus, parfois trop, dans la première partie, au détriment d’un petit supplément d’âme. En effet, jusqu’au duel, le chef, virtuose dans les passages exclusivement symphoniques, semble plus en retrait lorsque les chanteurs interviennent.

Tous dotés de très belles voix, ils se révèlent au fur et à mesure de la soirée, à l’exception de Tatiana qui illumine la nef dès l’air de la Lettre. Grand soprano lyrique russe, Hibla Gerzmava a la puissance et la projection des grandes voix slaves et surtout une homogénéité de registre remarquable. Bouleversante dans le dernier acte et attachante dans le premier, peut-être lui manquait-il un je ne sais quoi qui trahirait la fragilité et la sensibilité de Tatiana.

Le Lenski d’Alexey Neklyudov s’anime au moment de la scène de la dispute et sa voix se colore pleinement à partir de son air avant le duel, à l’instar de Vasily Ladyuk, qui incarne parfaitement Onéguine dans le dernier acte. Le duo final est époustouflant, à tous égards, porté par la direction du chef totalement enflammée. Déjà bouillonnante dans l’air de la Lettre (hors chant : exposition et reprise du thème de Tatiana), elle nous emmène dans un bal effréné chez les Larina avant l’apothéose de l’acte III, que ce soit la Polonaise ou tout le duo final, au cours duquel Tatiana et Onéguine sont charnellement interprétés. On notera également le très beau timbre et le legato de la mezzo-soprano Polina Shamaeva.

Par Audrey Bouctot | mer 11 Juillet 2018 | forumopera.com

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